Quitter sa maison pour transmettre sa ferme
Pour éviter que sa ferme laitière ne parte à l’agrandissement et trouver un repreneur, Sikko Cazemier et sa femme ont dû renoncer à leur maison de famille.
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« J’en rêve encore la nuit », confie Sikko Cazemier, à propos de son troupeau de vaches frisonnes qu’il a cédé en novembre dernier à Joep de Jung, 32 ans. « Je ne m’y attendais pas car j’avais la tête dans le guidon jusqu’au dernier jour. Je suis tombé dans le vide, poursuit-il. C’est un genre de deuil. »
« On ne traite que de l’amont de la transmission, ce serait bien d’avoir des groupes de parole, d’échanger avec d’autres cédants », regrette le jeune retraité.
Six ans de démarches
La transmission de la ferme à Verneusses (Eure) a pourtant été progressive. À 60 ans, en 2020, Sikko entame les démarches pour céder son exploitation. « Tout le monde disait que c’était long de transmettre. Les haies, les mares, on voulait que tout soit conservé », explique-t-il. Il signe alors un premier contrat de parrainage avec son salarié de l’époque. Après deux ans, la transmission n’aboutit pas. C’est ensuite sa fille qui tente l’aventure, en réalisant elle aussi un stage de parrainage pendant un an et demi. Mais l’idée d’une transmission familiale est finalement abandonnée.
C’est par le bouche-à-oreille que Joep, accompagnateur dans une école d’agriculture aux Pays-Bas, prend contact avec Sikko à la fin de 2023. « J’ai longtemps eu l’idée de m’installer en France, raconte-t-il. Le foncier est trop cher aux Pays-Bas pour un système bio extensif. Ici, la météo est assez similaire et nous avons de grands espaces. » Les deux agriculteurs se rencontrent en février 2024 et Joep formule rapidement le souhait d’entamer un stage de parrainage pour reprendre la ferme d’ici à avril 2025. Il travaille donc sur l’élevage tout en poursuivant son parcours à l’installation.
En parallèle, Sikko, d’origine néerlandaise également, et son épouse Stéphanie aident Joep et sa compagne à apprendre le français. « On les a présentés à des amis, puis aidés à trouver une maison, une nourrice, etc. », détaille Sikko. Le compromis de vente de l’exploitation est signé en août 2025 et conclu en novembre dernier.
Le jeune couple s’installe temporairement dans une maison en location, à quelques kilomètres de la ferme. Mais pour Joep, loger sur place est indispensable. « Je ne peux pas m’imaginer habiter loin. Je vais cinq ou six fois par jour voir les vaches », souligne-t-il. « En tant qu’éleveur, je peux comprendre, acquiesce Sikko. Mais cela a été plus dur pour ma femme. Nous y avons eu nos quatre enfants, notre potager, notre serre, c’était notre havre de paix. » Le 19 novembre, les deux couples échangent leur maison.
« Un sacrifice »
« Quand on transmet à un enfant, souvent il ne veut pas rester à la ferme ou avoir la maison, c’est plus progressif, constate Sikko. C’était mon souhait que l’exploitation ne parte pas à l’agrandissement, nous avons fait le sacrifice de quitter la maison. L’un n’allait pas sans l’autre. »
Aujourd’hui, Sikko retourne encore de temps en temps sur la ferme. Mais pour y faire du tri. « On fait place nette pour la jeunesse », sourit-il.
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